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Files d’attente à la Poste en Seine-Saint-Denis : «je n’ai pas le choix de toute façon»

De longues files d’attente se sont formées devant les bureaux de Poste de Seine-Saint-Denis ouverts ce lundi, premier jour où les prestations sociales, versées durant le week-end, pouvaient être retirées aux guichets.

Par Aubin Laratte 

Le 6 avril 2020 à 17h44, modifié le 6 avril 2020 à 18h06

leparisien.fr

Des dizaines de personnes les unes derrière les autres, certaines avec des masques, d’autres avec des gants… Tel était le tableau, ce lundi matin, devant le bureau de Poste central de Saint-Denis.

« Je viens chercher l’argent qui a été versé sur mon compte », explique une sexagénaire. La plupart sont dans son cas, les aides sociales (RSA, allocations familiales, APL…) ayant été versées durant le week-end. Et le virement, exceptionnellement effectué 48 heures à l’avance, n’a pas permis de résorber le flux de clients, pourtant dangereux en cette période de coronavirus.

Pas plus de 8 clients à l’intérieur

Au sol, des bandes blanches ont été tracées de façon à respecter une distance de sécurité entre chacun. À l’entrée du bureau de poste, deux agents de sécurité contrôlent les flux et font rentrer les personnes au compte-gouttes. « Selon les bureaux, la jauge était limitée entre 5 et 8 clients à l’intérieur », détaille-t-on à La Poste.

Il est 13 heures passées quand Nasser, 29 ans, se glisse dans la file d’attente. « Je suis venu avec un ami chercher l’argent », explique-t-il, surpris de voir autant de monde. Et de rêver : « J’espère que je n’attendrais pas plus de plus de trente minutes. »

Une quinquagénaire s’emporte

Quelques mètres devant lui, une quinquagénaire s’emporte. Elle attend depuis quarante minutes, le ventre vide : « Moi, je viens d’Epinay-sur-Seine, explique-t-elle. La Poste y est fermée! Donc je suis venue ici, j’ai déjà attendu les transports pendant trente minutes, comme ils ont réduit le trafic … On attend pour attendre! »

« Je ne m’attendais pas à ce que ce soit si long », témoigne juste derrière sa « voisine de file d’attente », un peu désemparée face à la pluie qui commence à tomber.

«Je n’ai pas le choix de toute façon»

« En sortant de chez le docteur, je suis passée devant, j’ai vu qu’il y avait plein de monde, explique Vanessa, 25 ans, qui attend, elle, depuis une heure, pour poster son arrêt maladie à son employeur. Je me suis dit : Je vais repasser. Finalement, quand je suis arrivée, il y avait autant de monde. » « Je suis arrivée, j’étais là-bas ! » explique-t-elle, en montrant du doigt le bout de la file qui s’étale.

Déjà malade, Vanessa redoutait d’être entourée de gens potentiellement contaminés : « Je n’ai pas le choix de toute façon, ça aurait été un autre courrier, je ne l’aurais pas fait, explique-t-elle. J’ai pris mes gants, mon masque et je fais attention à ce qu’on ne m’approche pas. » Nasser aussi, prend ses précautions : « Mais je suis jeune, donc je ne devrais pas avoir trop de problèmes », estime-t-il, son attestation de déplacement dans la poche.

Des clients sur place bien avant l’ouverture

Plus tôt dans la matinée, Madjid Messaoudene, conseiller municipal (FG) à Saint-Denis, était venu téléphone au poing pour filmer la situation devant le bureau de Poste central. Sa vidéo, postée sur Twitter, recensait lundi après-midi plus de 20 000 vues.